BW Portrait d'un homme

Les Facettes sociales de la personne versus l'être humain essentiel

Dans le monde il y a des conventions et des codes de conduite. Nous y sommes habitués et nous fonctionnons tant bien que mal avec cela jusqu’à ce qu’un événement en général « inhabituel » ouvre une brèche et vienne remettre en question ces codes et notre sentiment d’appartenance qui y est mêlé.

 

Chacun a un système de valeur qui lui est propre en lien avec son histoire, son milieu de vie, ses pensées, les groupes auquel il appartient… Malgré ces constructions qui semblent bien ficelées et porteuse d’un sens pour l’individu, on trouve toutefois un constant besoin d’évasion par l’amusement, la distraction, la rêverie… Ne serait-ce pas le pendant de cette étroitesse des codes d’enfermement sociaux qui bien qu’utiles socialement empêchent l’émergence d’un statut adulte et conscient tant qu’il n’y a pas eu exploration intérieure et acceptation des limites de la personnalité ?

 

Au cœur de chaque humain règne le silence d’un cœur encore vierge à partir duquel tout est accepté et vécu à partir d’un socle d’unicité manifesté hors du contrôle mental, hors d’un cadre conceptuel qui tend à un devenir psychologique. Mais ce cœur bien qu’à l’œuvre à chaque instant reste pour la plupart d’entre nous voilé par les aménagements plus ou moins conscients de l’individu qui veut devenir un être d’appartenance, un être social, reconnu par les valeurs du groupe.

 

Cela amène à réfléchir sur l’impact de la société sur les comportements humains et sur les boîtes identitaires qu’elle crée. Et surtout comment nous nous sommes laissés prendre au piège de ce grand monde factice, comment chaque matin nous nous remettons à rejouer le même jeu de héros ou de anti-héros selon les sous-produits de notre fonctionnement imaginaire. La liberté ne se trouve pas dans cette répétition machinale, cette quête de reconnaissance et d’accumulation mais dans un ailleurs bien plus vertigineux, une existence dénuée de repères fixes, d’appartenance figée, de devenir certain.

 

Lorsque nous grandissons, nous sommes répertoriés en fonction de notre profil psychologique et physique, les valeurs du groupe s’imposent à nous et nous avons parfois la chance d’y échapper si quelque chose en nous appelle déjà à l’intériorité. Car c’est dans l’intériorité et le désir de revenir à « la maison » que va naître le goût de l’êtreté. Ce goût ne nous quittera plus et malgré les injonctions sociales à devenir tel ou tel type de personnage social, quelque chose en nous restera vacant, hors de contrôle et vivant.

 

La plupart des êtres humains qui n’ont pas été appelé par cette recherche ne peuvent pas en avoir le goût mais pour les autres le chemin de la vie pointe de plus en plus vers cet êtreté fondamentale.

 

Les hauts et bas de l’existence reflètent les hauts et bas de la vie qui se dessine à travers nos expériences, riches par elle-même, jusque dans les expériences parfois les plus crues.

Il s’agit justement de ne plus avoir de repères si ce n’est l’absence de repères fixes et l’ouverture à la vie dans son jeu mais cela ne peut être un repère. La souffrance du personnage se glisse évidemment dans les méandres de cette vie pour y définir un canevas complexe de désirs, souhaits, projets, refus aussi. Tout cela prend une place plus ou moins forte en fonction de notre attachement et de l’identification à nos projections imaginaires.

 

La plupart d’entre nous ne faisons que rebrousser chemin face à l’adversité et chercher une sécurité dans un formatage idéalisé tout en sachant bien qu’au fond il y a anguille sous roche et que quelque chose risque à chaque instant de s’effondrer sous nos pieds. Parfois cette angoisse d’anéantissement, de perte de contrôle pointe plus son nez et il est temps d’aller chercher sa royauté dans l’acceptation de notre belle impuissance face aux décisions de la vie. C’est une façon de se rendre et de ne pas espérer tirer son épingle du jeu. Mais qui en est capable ?

 

La peur règne depuis bien assez longtemps dans nos fonctionnements pour que nous puissions nous en débarrasser sans avoir d’abord visité avec hardeur notre propre vide et nos douleurs intimes. Il est un chemin pourtant qui aborde la douleur avec patience et n’y voit que possibilité de s’abandonner. Un chemin d’acceptation et de don de soi, un chemin du grandir et de sagesse qui nous appellera toujours plus fort car il est notre bonheur véritable, ce chemin d’honnêteté avec soi, les 2 pieds dans le monde avec les expériences, les mains ouvertes et vides. Tout est là. Vide et plein. Dans le cœur de l’être humain « essentiel ».

11/07/2020