Textes inspirés

Je suis là pour celui qui est prêt à vivre, je suis là pour celle qui accepte de mourir

Je suis l'éternité qui s'exprime

Je souris avec l'enfant innocent et je grimace avec le vieillard sénile

Je suis là pour le passage, je suis là pour l'oubli de soi, pour la célébration de l'abandon

 

Je suis là pour vous offrir l'inconnu et vous délivrer de vos enfermements

Je vous aime et comme une mère je trancherai les têtes de vos croyances, de votre passé

 

Je déracinerai les mauvaises herbes de votre esprit et ferai danser vos pieds jusqu'à la chute

Et à chaque chute, je serai là pour vous sourire et j'attendrai votre sourire en retour

Je ne tolère pas que vous chutiez sans consentement

Je refuse que vous renonciez, je demande votre accord !

Chutez avec grâce et vous serez sauvés

 

Chutez à perdre la raison, chutez pour l'amour, pour la vie que vous êtes

Soyez dignes de cette vie qui s'offre à chaque instant sans retenue

Ne gardez rien pour vous !

C'est votre tâche : tout amener avec vous dans cette chute miraculeuse

 

Et dansez mes amies, mes frères, mes sœurs, dansez sur cette Terre fertile qui vous fera renaître encore et encore au-delà de ce que vous espérez, de  ce que vous voyez, de ce que vous croyez

Je suis la mère de ce qui est et j'aime

 

Soyez la grâce, le trésor devant mes yeux pleins de fierté,

Soyez cette danse à laquelle vous êtes conviés

 

Que la joie demeure et que les cœurs s'y fondent

Avec vous je suis, avec vous, je reste

Avec vous je vis, avec vous je meure

Encore et encore

 

Femme, tu t'ouvres à la vie, au plaisir d'être traversée, à la joie de perdre pied
Femme, tu te réjouis du naturel insaisissable, du subtil incarné, du miraculeux flot divin
Femme, tu t'éveilles à ta vérité, au joyau primitif, à la force vive axée
Femme qui aime, porte et chérit, femme qui donne et qui prie
Femme qui ose chanter le miracle de l'invincible Amour
Femme, née du désir intense de célébrer le vivant, tu disparaîtras en rendant grâce, souriant à l'inconnaissable, à l'intarissable, à l'inaliénable, au seul refuge qui soit, hors des murs de ce monde passager.

 

Ce matin, j'ai chanté en secret derrière le cyprès blanc

Hors du clan, loin des miens

Mon grain de blé a quitté son épi

Il s'est glissé un air de liberté sous la blouse élimée de mes rudes habitudes

j'ai retrouvé le premier chant du monde

le chant incandescent, instinctif et juteux qui creuse mon appétit et vivifie mes sens

 

Dans la clarté du jour, j'ai chanté, me suis laissé glisser le long de l'odorant cyprès

J'ai aimé qu'il soit mon père et ma mère, mes aïeux, mes appuis

Je l'ai invité à devenir moi, à ignorer mon nom et remodeler mon corps

Grâce à lui, je suis redevenue qui je suis

Instantanément touchée, écorchée par l'instant vivant,

L'écorce rugueuse sous la main caressante,

j'ai retrouvé la trace d'une enfance

Innocence et joie ont eu raison de moi et dans une transe un peu floutée, je me suis laissée chuter

 

Rien d'autre que la terre et son odeur de miel

Une feuille rosée se dépose à mes pieds, une autre,

 et puis l'impression d'être lovée dans le cœur d'un intime mystère

A la fois partie et tout

Mystère au cœur chaud et fondant comme ces desserts déguisés dont il faut passer les couches les unes après les autres pour pénétrer le centre et savourer la douceur de sa découverte

 

Quand la pluie est venue, mon cœur a applaudi, mes yeux se sont fermés et je lui ai laissé la place

J’ai ôté mes vêtements pour qu'elle ruisselle à sa guise sur ma peau vierge et tremblante

Elle a fait de moi son amie, m'a déposée hors du connu pour célébrer le frémissement et la transparence de notre union câline

 

Mes larmes se sont mêlées à celles du ciel

Je me suis reconnue, nue et vivante au creux de la grotte matricielle

Je me suis retrouvée, nue, loin des miens, au cœur de la tribu feuillue

J’ai poussé un cri, un éclair a jailli et tout s'est révélé

Ainsi la mort m'a embrassée, ainsi la vie m'a épousée